samedi 14 avril 2018

#Gabon: Théories du «Passager Clandestin» et du «Dilemme du prisonnier» et lutte politique au Gabon: Réflexions

Les théories du «Passager Clandestin» et du «Dilemme du prisonnier» et la lutte politique pour la libération au Gabon: Réflexions

Sans même en être peut-être conscients, les Gabonais voulant le changement du régime Bongo démontrent de façon éloquente la théorie du «Passager clandestin» (Free rider), elle-même faisant partie de la grande «théorie des jeux», où «le jeu» représente une situation dans laquelle plusieurs personnes doivent prendre une ou des décisions, et ce qu'elles y gagnent va dépendre des décisions qui sont prises par tous les autres. La «théorie du jeu» s'applique dans plusieurs domaines, notamment en économie et en politique.

La théorie du paradoxe du «Passager clandestin», une forme de la théorie du jeu, connue sous le terme anglo-saxon de «free rider» a été modélisée en 1965 par Mancur Olson un socio-économiste américain, notamment dans son livre «La logique de l’action collective» (que je vous invite à lire).

Le passager clandestin n’est pas un resquilleur ou un fraudeur (par principe). Son but (même inconsciemment) est de pouvoir profiter au maximum des biens publics (payés ou proposés par la collectivité) sans qu’il n’ait à payer (pas nécessairement par le prix en argent) pour y accéder…

Le jeu du bien public

Le jeu dit « jeu du bien public » est un classique de l’économie expérimentale et illustre la théorie du passager clandestin. Illustrons la situation au niveau purement économique en utilisant l’argent :

Prenez 10 personnes avec 10 jetons. Chaque jeton a une valeur de 10,000 fcfa s’il est conservé par son propriétaire, et 5,000 fcfa pour chaque personne s’il est placé dans un pot commun. Si tout le monde garde ses jetons, chacun se retrouve en possession de 100,000 fcfa (10 jetons x 10,000fcfa x 1 personne), par contre si tout le monde met ses jetons dans le pot commun, la valeur du pot correspond à 500,000 fcfa (10 jetons x 5,000fcfa x 10 personnes) par personne. Dans cette démonstration, on se rend compte qu’il est préférable de mettre les jetons en commun pour avoir la richesse collective la plus grande (500,000 fcfa contre 100,000 fcfa par personne). Mais, paradoxe, pour toute sorte de raisons, il est tentant pour les personnes de garder leurs jetons et de miser sur la générosité des autres participants ou alors de penser que les autres personnes ne placeront pas leur jetons dans le pot commun, et ainsi les garder pour ne pas être lésé.

Toute la subtilité du positionnement du « Passager clandestin » est d’évaluer quelle est la meilleure stratégie individuelle vis-à-vis du positionnement collectif. Ce comportement est observé à plusieurs niveaux dans la société, face à différentes décisions collectives (l’action collective), incluant dans le cadre des décisions de groupe, des décisions politiques, etc.

Retour sur le paradoxe de Olson 

Dans ses écrits sur le paradoxe du «Passenger clandestin», il pointe sur des situations où les individus membres d'un groupe ou une organisation peuvent adopter un comportement singulier, motivé par des considérations personnelles qui l'emportent sur la volonté de collaborer en vue de l'intérêt commun des membres du groupe ou de l’organisation.

Il construisit pour les besoins de sa démonstration une taxinomie des groupes et met en relief une classe qu'il nomme « les groupes latents », objets principaux de son étude :

Ces groupes sont composés d'un grand nombre d'individus
Pour chaque individu appartenant au Groupe, toute action collective suppose un coût (engagement, prise de risque, perte de temps, argent investi, etc.) et peut procurer des bénéfices ou avantages obtenus par l'action collective (protection sociale, augmentation de salaire, emploi, position de pouvoir…).
Or les membres d'un groupe ont une tendance à profiter du bénéfice d'une action collective en cherchant à payer le coût minimum, voire à échapper au coût de cette action.
Plus grand est le groupe et plus cette tendance est effective.

Mancur Olson énonce alors cette hypothèse (paradoxe d'Olson) :

« Les grands groupes peuvent rester inorganisés et ne jamais passer à l'action même si un consensus sur les objectifs et les moyens existe. »

Par conséquent, plus le nombre de membres constituant un groupe est élevé, plus la probabilité qu’il passe à l’acte est faible, car la contribution marginale d’un membre à la réussite du groupe est décroissante :

« Comme les groupes relativement petits sont fréquemment capables de s’organiser sur la base du volontariat et d’agir en conformité avec leurs intérêts communs et que les grands groupes ne sont pas dans l’ensemble en mesure d’y parvenir, l’issue du combat politique qui oppose les groupes rivaux n’est pas symétrique… Les groupes les plus petits réussissent souvent à battre les plus grands qui, dans une démocratie, seraient naturellement censés l’emporter. » (Olson, 1978).

Et le «dilemme du prisonnier» s’ajoute

Une illustration du dilemme du prisonnier (théorie des jeux) fournit un exemple d’application du paradoxe du «Passager clandestin». Soient deux personnes, A et B, qui se cotisent pour faire construire une maison. Si un ne paie pas, la maison sera petite. Si aucun ne paie, le constructeur refusera de construire la maison.

Chaque individu va alors chercher, en tenant compte des actions possibles de l'autre individu, l'action qui lui rapportera le plus d'utilité :

Si A paie, B a intérêt à ne pas payer (pour profiter de la maison à moindre coût).
Si A ne paie pas, B a également intérêt à ne pas payer (pour ne pas supporter la totalité des coûts de la construction de la maison).
A va tenir le même raisonnement. Ainsi, A et B vont parvenir à la même conclusion : ils ont tous les 2 intérêt à ne pas payer.
Du coup, la maison ne sera pas construite.

La morale de l’histoire?

Le paradoxe de Olson et du dilemme du prisonnier (théorie des jeux) permettent d’analyser froidement la situation que l’on vit au Gabon, avec les hésitations et les non-décisions de l’opposition. Tout le monde décide de ne rien faire pour éviter de payer le prix des carnages du régime Bongo. Toutefois, au bout du compte, c'est le régime Bongo qui y gagne puisqu'il n'y aura aucun changement dans un tel contexte où «les prisonniers» s'en sortent sans condamnation dans le dilemme. J’en fait une brève illustration du paradoxe de Olson avec des choses qu’on peut lire à la tonne sur Internet, donc je n’ai rien inventé ici. Il s’agit surtout de souligner l'importance de réveiller les consciences et de ne jamais prendre pour acquis que parce qu'une grande majorité des Gabonais se sentent prisonniers du régime Bongo, ils vont spontanément se battre à mort pour s'en libérer. Il faut savoir que ce que nous vivons au Gabon peut être analysé scientifiquement afin de tirer les meilleures conclusions et s’orienter vers les solutions. Nous savons tous, comme l’indique les prémisses de Olson, que nous gagnerons tous à mettre nos forces dans le «pot commun» (la libération de notre pays), il demeure toutefois que le groupe est grand, et que les forces des «Passagers clandestins» «jouent» dans ce «dilemme du prisonnier».

Une fois qu’on sait que l’être humain est ainsi fait; que le grand groupe de l’opposition gabonaise, ce «groupe latent» à la Olson, a besoin d’être secoué par un petit groupe qui lui s’organisera pour finalement passer à l’action. La masse silencieuse (pour ne pas dire profiteuse) viendra les rejoindre pour en finir avec le régime corrompu des Bongo!


CLG

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